17 août 2011

Focus : The Wire - Baltimore is Watching You (@Medjo38)


 The Wire - Baltimore is Watching You 

« La rue, elle t’as à l’œil, elle te surveille sans arrêt » disait Carlito dans l’impasse. 
Cette phrase prend tout son sens lorsque David Simon décide de l’appliquer à sa série télévisée, « The wire ». Sauf que dans Baltimore, non seulement la rue observe, mais elle écoute les moindres faits et gestes, et laissent peu de place au pardon.
Avant tout, revenons sur cet homme, David Simon. Avant de se lancer dans cette série, il a été journaliste pendant 12 ans au Baltimore Sun City Desk. Autant dire qu’il connait son sujet mieux que personne et que cette série est murement réfléchie.

Cela se ressent dès les premiers épisodes. Ici pas d’artifices, pas de gentils, pas de méchants. Juste une ville, avec son lot d’échecs, son lot de rêves, son lot de vie et son lot de mort. C’est bien là la force de cette série : juste un œil posé sur cette ville, pas de projecteurs et de flash sur un dealer, un flic jouant au héros ou un politique voulant changer les choses. Aucune caricature n’est présente ici, au point qu’on pourrait croire que chaque acteur joue son propre rôle dans cette série. Un détail qui a d’ailleurs son importance : il n’y a aucune musique en fond durant les épisodes, si ce n’est pas à la fin du dernier épisode de chaque saison. 

Alors oui le rythme est lent, mais tout est tellement millimétré que ce rythme est nécessaire. L’histoire de chaque personnage a été construite minutieusement par David Simon, et rien n’est laissé au hasard. L’exemple d’Omar Little reflète parfaitement cela : un mec de la rue, qui braque les plus gros dealers, qui n’hésite pas à les balancer, et qui est homosexuel. Un personnage qu’on déteste au début, puis qu’on admire au fil des saisons. Il faut d’ailleurs préciser que c’est le personnage préféré d’un certain Obama. 
On pourrait revenir sur chaque personnage, de McNulty à Marlo Stanfield, en passant par Carcetti, mais cela prendrait trop de temps. Mais surtout, comme ça a été précisé plus haut, la série ne s’articule pas autour de tel ou tel personnage, mais autour d’une ville, Baltimore.

Divers sujets y sont traités durant cinq saisons, tels que la drogue, la politique ou encore l’éducation. Des sujets qui peuvent sembler classiques et « déjà vu », sauf que David Simon les aborde avec un regard critique très juste, sans tomber dans les clichés moralisateurs. 
On voyage avec le réalisateur dans Baltimore, avançant dans les rues de cette ville. A gauche, un groupe de jeunes vendant leurs doses à des junkies plus proche de la mort que jamais. On lève la tête et on voit planqué sur le toit un flic avec une paire de jumelles. Puis un 4x4 nous frôle, la vitre se baisse, la détonation est soudaine. Un gosse meurt. Le 4x4 suit sa route. Les sirènes, une course poursuite dans les plus petites ruelles de la ville. Des cris, le bruit des menottes. Voilà la bande son quotidienne de cette ville. Au loin, un futur maire défendant sa campagne et rentrant dans une école. On y jette un œil : des bureaux renversés, des murs tagués, des insultes qui fusent. Au milieu un homme politique qui déballe un discours préfabriqué, rempli de promesses qui ne seront pas tenues. 
On continue notre route, faisant une pause vers le port et espérant trouver un peu de calme. Cependant même ici le calme est faux, voire oppressant. On se sent observé. On décide donc de rentrer. Demain, la même journée commencera. Dans un an aussi, avec une nouvelle génération. 
« Rules change. The game remains the same. » 
 
Peu de places pour l’espoir, mais ici le rêve est présent et fait tenir debout pour certains. D’autres ont les pieds sur terre, savent qu’ils ne passeront pas la trentaine, mais gardent des vraies valeurs, telles que le respect et l’honnêteté. 
Bien sûr l’amour est présent aussi, mais surtout dans les bars où sur la banquette arrière d’une voiture. Ce n’est pas un manque de volonté, mais il n’y a pas le temps pour ça. Un manque de temps, ou une prise de risque trop importante ? On se contentera de dire qu’à Baltimore, l’amour est mort bien avant qu’Abdoulaye Diarra le déclare derrière un micro.


Seuls les actes comptent ici, quel que soit le milieu. Les regards en disent plus long qu’un dialogue de Tarantino. Sauf quand les dialogues ont lieu avec plusieurs grammes dans le sang, entre deux flics le long d’une voie ferrée. Les bâtiments de Baltimore n’ont pas de sentiments, ses habitants eux en ont. Pas question de les montrer. Il s’agit uniquement d’avancer, garder la tête haute, et vivre. Les jours meilleurs ne viendront pas, tout le monde le sait, mais chacun lutte et se bat à sa façon, malgré les nombreux vices qu’abrite cette ville. 
Le réalisateur ne veut pas vendre du rêve, ni juger, et encore moins faire la morale. Il observe juste une ville livrée à elle-même.
Tout cela semble tellement vraie que lorsqu’arrive la fin de la série, on aimerait prendre des nouvelles de chaque personnage, savoir ce qu’ils deviennent. Mais au fond de nous on le sait déjà. Ils continuent à vivre, en défendant leur principe et leur valeur. Et s’ils rencontrent la mort, ça sera dans l’ombre, en silence. Sous l’œil attentif de Baltimore.




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